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La rubrique de Cloé et Julie : Saint-Guinefort, le lévrier guérisseur d’enfants

Il n’est pas rare de lire sur les annonces d’adoption de lévriers, « adoptez un ange » ou « faites entrer un ange dans votre maison ». Cette image du lévrier, qualifié de chien doux et calme à l’intérieur, qui arriverait même à faire oublier sa présence, est bien connue. Mais savez-vous qu’à une époque, dans une petite région de France, un lévrier fut élevé bien au-delà de cet ange merveilleux ?

C’est l’histoire que Cloé et moi, avons décidé de vous présenter suite à quelques lectures fort intéressantes, comme celle du recueil d’Etienne de Bourbon, datant du XIIIème.

Ce dominicain et inquisiteur lyonnais, raconte, suite à de nombreux témoignages, qu’un château aurait jadis existé dans la région de la Dombes, au nord du diocèse lyonnais.

Dans cette demeure vivaient un seigneur, sa femme, leur fils et sa nourrice, ainsi que leur fidèle chien, un beau et grand lévrier que tout le monde leur enviait.

Un jour, alors que tout le monde s’était absenté, le nourrisson et le lévrier, restèrent seuls au château. L’enfant dormait tranquillement dans son berceau, le lévrier à ses pieds, quand un immense serpent surgit dans la pièce. Ce dernier, se rendant tout droit vers le berceau, fut stoppé par le lévrier et s’en suit un combat sanglant entre les deux animaux. Après de longues minutes de lutte, durant lesquelles le berceau fut renversé, le lévrier courageux tua le serpent grâce à une morsure fatale et le projeta de l’autre côté de la pièce. Lorsque le seigneur, sa femme et la nourrice rentrèrent au château, ils virent le berceau renversé et le lévrier juste à côté, la bouche ensanglantée. Tous pensèrent qu’il avait tué l’enfant et sans hésiter, le seigneur tira son épée et assena à son chien un coup mortel. Mais, se penchant sur le berceau, il vit que son enfant n’était pas blessé et dormait paisiblement. Puis, son regard se dirigea de l’autre côté de la pièce où gisait le serpent mort. C’est alors que le seigneur comprit qu’il avait commis une erreur, en tuant son brave compagnon, qui avait protégé son fils. Le seigneur malheureux, enterra ensuite son valeureux lévrier devant le château, dans un puits et par-dessus, y planta des arbres, en sa mémoire.

Le lévrier fut par la suite, considéré comme un chien martyr, Saint-Guinefort, protecteur et guérisseur d’enfants. De nombreux rites, parfois étranges furent célébrés près de sa tombe, souvent par les mères désemparées d’enfants malades : appel à une vieille femme, offrandes de sels, plantations de clous, exposition de l’enfant nu entre deux chandelles ou encore des immersions répétées neuf fois dans la rivière voisine. Etienne de Bourbon contre ces cultes à la limite du folklore, qu’il voyait comme occultes, essaya de tout éradiquer. Il fit brûler les ossements du chien et abattre les arbres qui recouvraient son tombeau. Visiblement sans grand succès, puisque des témoignages à des dates différentes (1632,1826, 1877, 1886, 1902, 1940) attesteraient encore de l’existence du culte de Saint-Guinefort.

De plus, des fouilles archéologiques entreprises dans les années 80, révélèrent la présence d’un ancien castrum (restes de château). Des objets surprenants comme des pièces, des clochettes ou encore des chaussures d’enfants, furent également retrouvés. Tous ces éléments semblent témoigner de la présence d’un rite. Concernant le nom de Guinefort, certains pensent qu’il s’agirait du nom du lévrier, tandis que d’autres envisagent plutôt que ce seraient des moines de l’abbaye de Cluny venus d’Italie (Saint-Guinefort, protecteur des enfants est honoré à Pavie, où est présent un prieuré de Cluny) qui auraient fait la diffusion du Saint à travers les Alpes. Et le nom de Guinefort aurait été associé à ce lévrier martyr, protecteur du fils de son maître et bien sûr des autres enfants.

Quoi qu’il en soit, cette belle histoire qui met en avant la fidélité et le courage, propres à nos chers lévriers, pris une telle ampleur, que ce lévrier fut considéré comme un Saint.

Des personnes de la région, racontent qu’il n’est pas rare de rencontrer encore aujourd’hui, de temps en temps, quelqu’un se rendant à l’endroit présumé du tombeau du chien. Alors, peut-être que le culte de Saint-Guinefort perdure encore de nos jours, pour certains d’entre nous …

Cloé et Julie

Pour celles et ceux qui veulent aller plus loin :

  • Philippe Joutard, « Le Saint Lévrier : enquête sur un chien guérisseur », La collection de L’Histoire, n°36, pp.64-65, juillet-septembre 2007.
  • Jean-Claude Schmitt, Le Saint Lévrier. Guinefort, guérisseur d’enfants depuis le XIIIème siècle, Flammarion, « Bibliothèque d’ethnologie historique », 1979, nouvelle éd.2004.
Tag(s) : #lévriers espagnols galgos

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