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Illustration de Julie

Illustration de Julie

Cloe et moi ouvrons les portes de l’Histoire et remontons le temps à travers les siècles, pour évoquer la légende d’un chien héroïque et fidèle à son maître, au-delà même de la mort.

Au pied du château de Montargis, dans le Loiret, s’élève une statue pour le moins originale. Un homme debout, les yeux et la bouche grands ouverts, se débat contre un chien qui lui saute violemment à la gorge. Drôle de scène, qui relate en fait une légende. On raconte qu’au XIVème siècle, sous le règne du Roi Charles V, l’un de ses hommes de guerre, le chevalier Macaire, éprouve de la jalousie auprès d’un de ses compagnons d’armes, Aubry de Montdidier, qu’il juge trop proche du Roi. Un jour, alors que les deux hommes, accompagnés du lévrier d’Aubry de Montdidier, le fidèle Verbaux, traversent la forêt de Bondy, non loin de Paris, Macaire commet le pire. Aubry est assassiné sous les yeux de son chien puis enterré près d’un arbre. Macaire croyant le chien parti, retourne sur Paris, auprès du Roi. Mais Verbaux revient se poser près de la tombe de son maître et ne la quitte que pour aller se nourrir. Ses allers-retours éveillent la curiosité des personnes qui le nourrissent et ceux-ci décident de le suivre dans la forêt. Ils découvrent alors sous la terre fraîchement remuée, le corps d’Aubry de Montdidier, à qui ils offrent une sépulture décente, puis le chien est recueillit par un ami de son maître. Peu de temps après, alors que Verbaux et son nouveau maître se promènent en ville, ils croisent le chemin de Macaire et le lévrier ne peut se retenir d’aboyer contre le meurtrier, en tentant de lui sauter à la gorge. Cet incident parvient aux oreilles du Roi, qui fait le lien entre le chien de son fidèle ami et l’assassinat de ce dernier. Il demande donc à ce qu’on confronte de nouveau Verbaux et Macaire, dissimulé dans la foule. Sans hésitation, le lévrier fonce directement vers le suspect, qui continue de nier le meurtre d’Aubry.

« Soit, dit le Roi, nous nous soumettrons donc au Jugement de Dieu ».

Un duel entre Verbaux et Macaire est alors orchestré sur l’île Notre-Dame. A l’intérieur d’un champ clos, Verbaux a un tonneau pour se cacher et Macaire, un bâton pour se défendre. Le combat est de courte durée. Verbaux esquive les coups de bâtons et saisit le bon moment pour sauter à la gorge de Macaire. Sur le point d’être égorgé, l’assassin avoue les faits et est malgré tout, conduit au gibet. Ainsi, Aubry de Montdidier fut vengé et justice rendue, grâce à son fidèle lévrier.

Mais pourquoi, surnomme-t-on Verbaux, le lévrier de Montargis, alors que l’histoire ne se passe pas à cet endroit ?

Cela s’explique par la présence d’un tableau représentant la scène du duel, installé sous le règne de Charles VIII, au XVème siècle, dans une des salles du château. De plus, il arrivait à la cour du Roi, de séjourner de temps en temps, au château de Montargis où s’y trouvait également une forêt. Il était donc facile de transposer la légende en forêt de Montargis et non plus dans celle de Bondy... Cette histoire permit aussi de faire connaître la ville de Montargis où fut même inventée au milieu du XXème, une spécialité locale, la crotte de chien de Montargis, confiserie pralinée enrobée d’une coque de nougatine trempée dans du chocolat noir...

Cette légende du fidèle lévrier, traverse les siècles et inspire les artistes. Androuet Du Cerceau en fait une célèbre gravure au XVIème siècle, puis l’histoire fut jouée au théâtre et même adaptée au cinéma (« Le Chien de Montargis » de Georges Monca et Romain Coolus). Mais, cette histoire que l’on situe souvent au XIVème siècle, sous le règne de Charles V, est en réalité bien plus ancienne.

En effet, la légende du chien de Montargis, s’inspire d’un extrait d’une chanson de geste (long poème relatant des exploits, très prisé au Moyen-âge) du XIIème siècle, La Reine Sibile (ou Macaire), dont un manuscrit à été retrouvé à la bibliothèque de Saint-Marc à Venise. L’histoire se passe entre la fin du VIIIème siècle et début du IXème siècle. La Reine Sibile (parfois appelé Blanchefleur), fille de l’empereur de Constantinople et épouse de Charlemagne, repousse les avances de l’un de ses chevaliers, Macaire. Ce dernier pour se venger, s’introduit une nuit dans le lit de la Reine pendant son sommeil. A son réveil, Sibile est accusée d’adultère et Charlemagne lui inflige le bûcher. Sibile se confesse auprès de l’abbé de Saint-Denis et est reconnue innocente, mais condamnée à l’exil. C’est le chevalier Aubry de Montdidier, accompagné de son lévrier, qui est chargé d’escorter la Reine sur la route vers Constantinople. Macaire, insatisfait du jugement du Roi, leur tend une embuscade dans une forêt et tue Aubry. La Reine et le chien se cachent dans le bois, tandis que Macaire, retourne auprès de Charlemagne. Après trois jours à veiller la tombe de son maître, le fidèle lévrier, affamé, retourne sur Paris au Palais de Charlemagne. Il y retrouve Macaire et se jette sur lui, puis s’enfuit de nouveau dans la forêt. Tout le monde, se demande si Aubry est de retour. Mais lorsque le lévrier revient une seconde fois, seul, certains décident de le suivre. C’est là qu’ils découvrent le corps d’Aubry et en même temps, le crime de Macaire. Ce dernier, interrogé par Charlemagne, nie les faits et propose de prouver son innocence par les armes. Le duel est accepté, Macaire est vaincu par le lévrier et fait ses aveux. Il est ensuite traîné dans Paris à la queue d’un cheval, puis brûlé.

La légende du chien de Montargis, le fidèle lévrier, a traversé les siècles, du Moyen-âge à nos jours. Chanson de geste, légende, pièce de théâtre ou œuvre cinématographique, le thème de la fidélité 

Tag(s) : #lévriers espagnols galgos

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