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La rubrique de Cloclo et Julie : La cavalière de la nuit

Bouh !!! Bouh !!! C'est Halloween, on se déguise, on se maquille, on se fait peur et on se raconte des histoires terrifiantes.

D'ailleurs en Bretagne, nous sommes très friands de légendes, mêlant folklore, superstition et lieux hantés.

Et justement, on raconte.....qu'il y a très longtemps, dans les Monts d'Arrée, vivait une jeune femme du nom de Jehanne, ayant hérité de la propriété et des terres de son père, un vieux seigneur mort sous les armes durant la guerre de succession de Bretagne.

Jehanne s'occupait donc seule de la gérance du manoir et de la forêt attenante, très importante à ses yeux. En effet, son père et elle, passionnés tous deux d'animaux, avaient décidé d'y faire cohabiter différentes espèces en toute liberté, cerfs, chevreuils, biches, renards ou lapins, laissant ensuite faire le travail du cycle de la nature. Mais en aucun cas, les animaux ne pouvaient être chassés et ne devaient périr sous les flèches ou les mains des hommes. Entre eux et les villages voisins, un marché avait alors été conclut. Nul ne devait braconner dans la forêt, sous peine de graves poursuites, pouvant aller jusqu'à la mort. Un compromis fut trouvé. En échange de la parole des villageois, le seigneur s'engageait à leur fournir des vivres en cas de famine et de manque de gibier aux alentours. Jusqu'à présent le contrat fut toujours respecté...

Un soir d'automne, Jehanne, cheveux au vent, en amazone sur sa jument Epona, à la robe baie, se rendit en forêt écouter le brame du cerf, entourée de ses deux fidèles lévriers. La femelle, Aanor qui signifie en celte, "richesse et honneur", avait les yeux verts, une blancheur étincelante et une grâce hors du commun, quand elle gambadait au rythme de la jument. A côté d'elle, son compagnon de toujours, Denwall, qui peut se traduire par "être de grande valeur", était son total opposé. Son pelage noir ébène faisait ressortir ses yeux orangés et sa forte musculature, lorsqu'il suivait l'allure d'Epona, imposée par Jehanne.

Contrairement à la veille où deux beaux mâles rivaux s'affrontaient, la forêt était étrangement silencieuse et aucun brame ne résonna ce soir là. Epona, sous l'ordre de sa cavalière, accéléra son pas, zigzaguant entre les arbres et les buissons, talonnée par Aanor et Denwall. Essoufflés, leurs respirations se devinaient dans l'obscurité et le bruit de leurs pattes au galop, retentissait à chaque fois qu'elles frôlaient le sol. Jehanne avait un mauvais pressentiment et malheureusement sa pensée se confirma en sortant de la forêt.

La lune, jusqu'alors cachée par un épais nuage, dévoila une horrible scène devant les grilles du manoir.

Deux têtes de cerfs étaient empalées sur les piques du portail et quelques crânes de lièvres dépecés jonchaient le sol. Les yeux larmoyants, Jehanne mis pied à terre, bouleversée par ce spectacle cruel, digne de ses pires cauchemars.

Mais un craquement sec, suivit des grognements d'Aanor et de Denwall, la ramenèrent aussitôt à la réalité. A peine eut-elle le temps de se retourner, qu'elle se retrouva agrippée par plusieurs hommes armés. Epona tenta alors une ruade, voulant libérer la jeune femme. Mais mal lui en a pris car l'un des individus, répliqua en lui crevant les yeux puis lui enfonça la pointe de son épée au plus profond de son flanc. La jument se vidant de son sang, s'effondra lourdement aux pieds de Jehanne qui poussa un immense cri de douleur, perceptible à des lieues à la ronde. Les lévriers enragés prirent le relais, tentant de mordre ou de blesser leurs adversaires. Les coups fusèrent des deux côtés, jusqu'à ce que leurs assaillants finissent par les attraper, pour les pendre aux branches du chêne voisin. Jehanne toujours captive aux mains de ses agresseurs, s'écroula, totalement perdue face à ce revirement de situation. Complètement abattue, elle leva la tête avec ses dernières forces, pour dévisager les quatre hommes qui l'entouraient, un par un. Elle les reconnu, c'était des villageois du hameau voisin. L'un deux pris la parole en la relevant brutalement :

- Voilà ce qui arrive, en temps de guerre et de famine à ceux et celles qui ne sont pas dans le besoin.

- Mais vous ne mourez pas de faim, répliqua Jehanne de nouveau agrippée. Je vous fournis de la nourriture, des céréales, des légumes ou du bois pour vous chauffer.

- Nous, ce que l'on veut, c'est du gibier, de la viande fraîche et ne pas faire des kilomètres pour aller chasser. D'ailleurs je pense qu'avec les deux cerfs et la dizaine de lièvres qu’on vient d’attraper, on va se régaler, pas vrai les gars ?

S'ensuit d’énormes rires gras et cruels.

- On avait conclut un marché ! s'écria Jehanne en se débattant. 

- C'est vrai, ajouta le plus jeune des agresseurs. Mais, comme le vieux seigneur s'en est allé vers l'autre monde, on s'est dit qu'il était temps de reprendre nos droits. Et ce n'est pas sa fille, qui va nous en empêcher.

- Sales traîtres !!! Lâchez-moi ou vous le regretterez, les menaça-t-elle, sentant la fureur monter en elle.

- Désolé ma jolie, ce n'est pas dans nos intentions.

Elle sentit alors qu'on lui tirait sur les cheveux, pour pencher sa tête en arrière. Le clair de lune se reflétait sur son cou nu ainsi que sur la longue lame qui s'y approchait.

- Pourquoi ??? Je vous maudis tous, vous et votre entourage !!! hurla Jehanne endiablée, dans un dernier éclat de voix, juste avant le coup fatal qui lui retira la vie...

Les quatre hommes creusèrent ensuite une énorme fosse près du grand chêne, pour y jeter les cadavres et rejoignirent leur village non loin de là, heureux de leur affaire.

Pendant ce temps, sous terre, au pied du chêne, se dégageait une perceptible et effrayante tension. Les quatre corps au brutal et funeste destin, enterrés là, semblaient ne pas vouloir quitter ce monde si vite. Les silhouettes spectrales d'Aanor, de Denwall et d'Epona chevauchée de Jehanne, parcoururent alors les environs chaque nuit de pleine lune, à la recherche de leurs tortionnaires.

 

Ces derniers, ainsi que leurs amis et leurs proches, connurent un véritable supplice avant de périr dans d'épouvantables conditions puisque tous furent monstrueusement égorgés par les deux chiens, puis rageusement piétinés par la jument, jusqu'à ce que mort s'en suive.

Cependant, ayant succombés dans d'atroces souffrances, la colère de Jehanne, Epona, Aanor et Denwall, était si forte, que leurs âmes trop abîmées, martyrisées et ravagées, restèrent errer au Purgatoire car ni l'Enfer, ni le Paradis ne pu leur ouvrir leur porte. Ainsi, il n'est donc pas rare, encore aujourd'hui, de croiser une nuit de pleine lune, ce funèbre cortège de quatre spectres aux yeux enflammés, composé d'une jeune cavalière chevauchant sa jument, entourée de deux grands lévriers, errant dans les Monts d'Arrée en quête de leur paix intérieure.

En espérant que notre histoire vous a plu, on vous souhaite un joyeux Halloween à toutes et à tous.

Cloe et Julie

Tag(s) : #lévriers espagnols galgos

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